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Et là le choc, la peur intense qui envahit le corps en une fraction de seconde. Une masse sur le thorax de ma petite fille. Au départ je n'ai pas compris ! Une masse ?? Qu'est-ce que c'est ??? "Un cancer" me balance la radiologue à la figure !!! Et on m'annonce cette terrible nouvelle dans un couloir, sans prendre de gant, devant ma fille, qui est descendue des genoux de ma mère, pour venir sur les miens. La terre s'est ouverte sous mes pieds. On m'a dit de ne pas partir, qu'on avait téléphoné au pédiatre de la petite, et qu'il allait me téléphoner (ce qu'il a fait des heures plus tard !!). Et là je suis devenue une automate. Aller inscrire la petite à l'hôpital, faire les démarches administratives, téléphoner au père de la petite (le réveiller en pleine nuit, 6h de décalage horaire!), téléphoner à ma meilleure amie. Avoir l'impression d'être en dehors du reste. Ne pas comprendre pourquoi les gens rient, parlent, vivent sans se soucier de rien. MA FILLE A UN CANCER ! Et tout continue.
Retour en pédiatrie. Et là j'entends tout et m'importe quoi : long séjour à l'hôpital, long traitement, chimiothérapie, radiothérapie, plus d'école (S. avait commencé la maternelle en septembre et nous étions en octobre), raconter toute la vie de ma fille depuis le début de la grossesse, etc. En fin d'après-midi, j'ai été comme aimantée par une radio posée sur une table lumineuse verticale. Je parlais à un des médecins et j'ai vu ! J'ai vu cette masse "énorme" (dix centimètres de diamètre sur un petit thorax !), je me suis tue et j'ai avancé vers cette radio. Je me suis arrêtée, au comptoir des médecins. Je ne pouvais détacher mes yeux de cette radio. Je répétais tout bas: " C'est ma fille, c'est ma fille !" Puis quand un médecin est passé, j'ai dit plus haut: "C'est ma fille ?" Et là, gêné, il a dit oui et tout de suite après je l'ai entendu dire à une infirmière de retirer cette radio de là !
J'ai réussi à obtenir qu'elle passe la nuit à la maison. Nuit affreuse. Pleurs. La regarder dormir. Embrasser son dos. Haïr cette chose en elle. Avoir envie de l'arracher, pour que ça ne soit plus en elle. Pensée obsédante. Enlever ça du corps de ma petite fille, là tout de suite, maintenant !! La journée tourne en boucle dans ma tête. Les voix des médecins, leurs discours approximatifs et peu réconfortants.
Le matin arrive. A peine le pied par terre, l'envie de vomir me prendre. Rien dans l'estomac. J'ai mal. Tout ça est donc vrai. Je veux le dire à personne. Si je le dis, si je dis les mots, c'est vrai. Je ne peux pas le formuler. Comment dire
ça ? Ma fille unique, que j'aime à la folie, a un cancer. Qu'est ce que j'ai fait ? Pourquoi me punit-on ? Et c'est précisément là que je me suis dit que si un jour j'avais eu une chance de croire en Dieu, et bien maintenant je savais que jamais ça n'avait de chance d'arriver. Si Dieu existait, il ne permettrait pas que des enfants souffrent, aient des cancers, meurent.
Retour à l'hôpital M.. Je hais cet hôpital (pendant des années j'ai fait des détours pour ne pas passer devant, pour ne pas le voir !), je hais ces médecins incapables, qui ne savent pas quoi me dirent, qui ont l'air complètement perdus et dépassés par les évènements. Je l'ai dit souvent par après : quand on ne sait pas on ferme sa .... !
Scanner. La machine est trop forte et le produit brûle S.. Elle pleure et moi aussi. Une seule idée traverse mon esprit. Le service de pédiatrie est au septième. On remonte, je la prends dans mes bras et on saute. Et là, à la fin de l'examen, un médecin, au milieu des cinq, six présents, vient à moi et me dit qu'il ne pense pas qu'il y ait des métastases. Je lui serre fort la main. Je le remercie. Peut-être que je vais attendre avant de sauter !
L'après-midi, nous sommes, sur les conseils de ma mère, dirigées vers C.. Nous sommes un jeudi. Et le jeudi, c'est le jour de Madame H. P., pédiatre. Nous attendons, peu, dans la salle d'attente, avec tous ces enfants qui sont là et qui jouent, s'amusent. On ne dirait pas un hôpital. L'endroit est agréable et beau. S. joue. Elle a, me semble-t-il, déjà changé. Elle a l'air rassuré. C'est étrange, mais je sens qu'elle va bien. Pour ne pas dire mieux !! Je pleure tout ce que je sais. Je ne peux pas m'arrêter. Et bientôt c'est notre tour. Mes larmes s'arrêtent. Madame P. est une petite femme frêle et forte à la fois. J'aime tout de suite son contact. C'est un neuroblastome, à priori sans métastases, tumeur unique qui se nécrose. Cette tumeur est congénitale (la troisième côte, sur laquelle la tumeur est posée, est usée, signe que la tumeur est là depuis longtemps, si la tumeur avait poussé d'un coup les côtes seraient écartées). Des examens vont être fait pour confirmer le diagnostic."